
voilà quelques semaines, ma recherche de partenariats m'a entraînée dans une aventure palpitante, au contact d'un de ces mondes qui m'enchantent. Me voilà attelée à un projet de charte graphique pour un client idéal : amoureux de mes images et usant de ces mots qui sont musique à mes oreilles : "synchronicité", "rayonnement d'une énergie féminine", "équilibre du masculin et du féminin" ... Des mots incarnant la "nouvelle énergie" !
Nos quelques échanges téléphoniques sont pure harmonie quoiqu'un peu angéliques à mon goût, tout juste si j'ose affirmer quoi que ce soit, mais après tout, n'y a-t-il pas magie ? Je suis portée par le projet, inspirée, une pré-maquette voit le jour en un coup de baguette; en retour, le voilà qui s'exclame, enthousiaste, ébloui, ému même ...
Après quelques temps, mon client idéal renoue le contact et me transmet le détail de ses souhaits. C'est l'étape des ajustements, propice à la richesse de tout projet.
Ses souhaits, je les ai longtemps parcourus des yeux, palpés, retournés dans tous les sens et lorsque nous nous retrouvons pour notre RDV téléphonique, je suis très réservée sur notre collaboration.
Ma réserve, je la dois à ce petit signal qui clignote lorsque je suis face à une "demande paradoxale", un "n'importe quoi" dans sa traduction moins polie.
Malgré ma nécessité de travailler, il me faut lui dire "non" de vive voix.
Il est à l'autre bout du fil, silencieux, dans ce qui ressemble à une écoute attentive, puis prend la parole et avec une douceur infinie me gratifie d'un « c'est d'accord ».
« C'est d'accord... c'est-à dire ? » : ma voix traduit une certaine inquiétude, c'est que je me demande tout à coup si je me suis bien faite comprendre !
Et là, le malheureux tente de me rassurer, pire de me convaincre de changer d'avis; vous pensez, une femme artiste, c'est fragile et ça a besoin d'être un peu structuré !
Il m'apprend que j'ai beaucoup à gagner à travailler sous sa tutelle (le mot est de moi), je ne le regretterai pas ! Diantre, on se croirait revenus aux temps des Médicis avec ce Prince tout droit sorti d'un catalogue New Age !
Qu'est devenue l'harmonie, où est passé l'équilibre du féminin et du masculin ? Finalement c'est mon féminin au service de son masculin, et d'ailleurs quel féminin ? Ah! oui, le féminin de l'harmonie sans l'audace, le féminin de la tendresse sans la force. Un féminin selon moi sans saveur ni substance.
C'était hier; ma journée je l'ai passée à ruminer des mots pour mieux les maudire, ressasser le rapport de force vécu sans parvenir à m'apaiser, et puis ce matin, décidée à tourner la page, j'ai enfin trouvé le dard.
Ne me suis-je pas tout simplement laissée appâter ? :
"Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute, cette leçon vaut bien un fromage sans doute" ! » dit la fable. 