
l'expression penser en stéréo
est d'Alain Le Diberder, intervenant de "l'Hebdo", émission de Michel Field diffusée de 1995 à 1997 sur Canal+.
Cette expression m'a frappée et ne m'a plus jamais quittée. Je la comprends ainsi : notre pensée n'est pas ce premier jet tripal qui nous fait dire notre amour ou notre haine de quelque chose ou de quelqu'un, bien au contraire, notre pensée se construit sur les bases d'une réflexion équilibrée qui nous instruit et nous rend meilleur.
Alors que la coupe du monde de football en est à ses dernières heures, des plus palpitantes donc, et quelle qu'en soit l'issue pour les Bleus, je ne suis pas prête d'oublier la puissance de l'expérience que j'ai vécue.
Pour la première fois de ma vie, je me suis intéressée au foot, ça, c'est pour le côté anecdotique, il en a résulté que pour la première fois je vibrais à un événement populaire d'une envergure planétaire dépassant de fait l'unisson de mouvements citoyens anti CPE ou anti Front National de 2002; pour la première fois, j'étais de ce côté là de la barrière : celui de l'univers du foot, de ses héros, ses humeurs, sa liesse, ses hymnes, ses drapeaux, ses retransmissions télévisées... Bref, tout un monde en soi jusqu'alors étranger à mes valeurs culturelles.
Et s'il n'en avait pas été ainsi, quelle aurait été mon attitude ? Comptant parmi les réfractaires, j'aurais certainement ralé, raillé, piaffé d'impatience ... Ceci dit, par le passé, je ne crois pas avoir jamais traité d'emblée un supporter, avéré ou occasionnel, de con, de réac ou de facho. 
J'ai été stupéfaite de lire au gré de commentaires sur certains blogs ou dans le cadre de billets, des jugements expéditifs d'une incroyable imposture intellectuelle, et d'autant plus choquée lorsque des propos porteurs de haine émanaient de personnes d'ordinaire sensibles et nuancées. Quelle farce humaine, quelle épreuve de vérité !
Comment peut-on, lorsque l'on soigne son intelligence, se défouler sans retenue et offrir une telle prise à l'intolérance ?
Cette expérience inoubliable m'a plus que jamais montré la fragilité de la conscience humaine et la nécessité de devoir penser en stéréo.